26/10/2015 _ Entretien avec le Dr. Marty, Président de l’UFML

ESANUM , le 26/10/2015

Esanum_26/10/2015

Alors que la Loi de Modernisation de notre système de santé sera mi-novembre en deuxième passage à l’Assemblée Nationale, le Président de l’Union Française pour une Médecine Libre (UFML), le Dr. Jérôme Marty a répondu à nos questions.

Quelle sera la suite de la protestation contre la loi de modernisation de notre système de santé avant son 2ème passage à l’Assemblée Nationale ?

Il ne s’agit pas seulement d’une protestation, mais d’une opposition frontale à cette Loi dont nous demandons l’abrogation.

En amont, nous organiserons le blocage sanitaire qui débutera le vendredi 13 novembre avec cessation totale et globale de l’activité de soins en France. Blocage auquel nous appelons à participer tous les professionnels de santé ainsi que les établissements. Il débutera par le “Black Friday” le 13 novembre, puis le lundi 16 novembre par une grande réunion devant l’Assemblée Nationale où le texte devrait être voté en 2ème passage. Le blocage sera reconductible chaque jour à partir de cette date. D’autres actions seront menées sur le territoire par les coordinations locales, à partir du 13 voire même avant.

La profession est actuellement révoltée, excédée autant que désemparée face à un comportement irresponsable des tutelles qui, par dogmatisme et idéologie, poussent les soignants dans la rue faisant courir au pays un véritable péril sanitaire. A l’heure où on parle de déserts médicaux, le bilan de cette politique comptable coercitive est pourtant déjà désastreux : peu d’installation, des départs en cascade non remplacés, des soins de proximité qui se raréfient.

Alors, en aval de cette Loi, si elle est votée, nous montrerons ce que sera le paysage sanitaire sans ces médecins libéraux honnis, en sortant d’un système devenu fou : fermetures de cabinets, sorties de convention, actions de blocage administratif. Les dernières élections URPS ont montré la détermination des médecins car s’ils ont peu voté, ils ont poussé les syndicats radicalement opposés à la Loi, encore un signal fort, qui peut changer le paysage syndical et constituer une véritable force de blocage.

Le Conseil de l’Ordre des médecins, fort peu consulté pour l’élaboration de ce texte anti déontologique a organisé, pour la première fois de son histoire, dans tout le pays des réunions sur le thème du projet de Loi Touraine, ainsi qu’une concertation nationale sous forme d’un questionnaire adressé à chaque médecin. Il aura son mot à dire.

Si les moyens de protestation seront variés, un seul thème : cette Loi détruit les valeurs fondamentales de la Médecine et annonce la fin à très court terme de la Médecine Libérale.

Quelles sont vos propositions alternatives pour améliorer le système de santé français ?

La première étape est de rétablir un paritarisme dans le système, ce que le projet de Loi actuel exclut totalement. Il est normal que professionnels de santé et patients participent à l’élaboration de leur système de santé, ce qui n’a pas été le cas, le ministère n’ayant organisé que des simulacres de réunions à Paris et en province où questions et réponses étaient préparées, et les patients représentés par le seul CISS, organisme connu pour son hostilité à l’égard des soignants et financé par le ministère.

L’UFML refuse de tomber dans le piège des propositions de modifications à la marge dans lequel certains syndicats se sont enfermés, en particulier tarifaires, ce qui a occulté la véritable dimension de la problématique. Il n’y a pas d’autre alternative à cette Loi que l’abrogation. Cette loi organique jette les bases d’une médecine d’état low-cost et extrêmement encadrée, assortie  d’une médecine de réseaux privés sous la coupe des assureurs, dont patients et soignants seront prisonniers pour les uns , dépendants pour les autres, pulvérisant le Code de déontologie jusqu’à supprimer quasiment la notion de secret médical.

L’urgence est là, et certainement pas à proposer quelques changements sans ambition restant dans le paradigme de la seule maitrise comptable des trente dernières années. Si l’on devait définir par quelques mots le système de soins alternatif, ce serait : pluralité, liberté, indépendance, confiance, respect, expertise, solidarité.

L’UFML est critiquée par des professionnels de santé, qui ne s’identifient pas à votre mouvement contestataire mais qui pourtant sont contre la loi de santé, que leur répondez-vous ?

L’UFML est une association, apolitique et indépendante, née de la conscience que l’évolution du système, résultant de 30 années de gouvernance, aboutissait inéluctablement à la destruction de notre cœur de métier. Cette contestation n’est pas une posture, elle s’est concrétisée par l’engagement de chacun des membres UFML, tous praticiens de terrain. Notre rôle a été et est toujours d’alerter, d’agiter les consciences, de démontrer les stratagèmes voire les mensonges éhontés qui ont présidé à l’arrivée de cette Loi dans une véritable campagne de manipulation mentale, faussant les débats, laissant dans l’ombre les vrais problèmes pour n’amener à la lumière que des interprétations opportunes. Ainsi l’accès aux soins : qui peut être “contre” l’accès aux soins ? Personne. En revanche dire que les renoncements aux soins sont d’origine financière et que DONC il faut traquer les compléments d’honoraires, supprimer le paiement direct par le tiers-payant généralisé etc… sont des interprétations travestissant la réalité. Par exemple, les renoncements aux soins concernent principalement l’optique et les prothèses dentaires, il ne s’agit donc pas d’un problème de coût de l’acte, mais bien plutôt celui du remboursement de ces actes.

Oser dire que les actes en France étaient les moins bien rémunérés d’Europe nous a propulsé dans le camp des “ultra libéraux”, jusqu’à ce que tous à l’unisson, y compris MGFrance, s’approprient cette revendication.

Voir dans le TPG la perte de l’indépendance des médecins a également été mal perçu car s’écartait du discours habituel portant essentiellement sur les difficultés techniques de mise en œuvre de ce tiers payant généralisé dont personne alors ne se demandait quelle était la véritable finalité, puisque les plus démunis en bénéficiaient déjà.

Nous avons donc peu à peu amené  la déontologie, la liberté de choix et l’indépendance au cœur des débats, et dans cette dimension éthique, la loi apparaît  absolument inacceptable, dés lors qu’on n’accorde plus le moindre crédit aux vœux pieux qu’elle tente de porter.

On nous accuse aussi d’agiter la peur, d’être alarmiste.

Quotidiennement, nous sollicitons de nos patients à chaque geste, chaque acte technique un consentement éclairé, et c’est la Loi .

Où est le consentement des français, soignants ou patients , à cette Loi Touraine qui transforme en profondeur tout le système et comporte, de notre point de vue de très grands dangers? Sont-ils avertis des risques de désengagement de la Sécurité Sociale, de la perte de l’indépendance de praticiens qu’ils pourraient de surcroît ne plus pouvoir choisir, de l’obligation de donner leur autorisation de prélèvement bancaire sur leurs comptes à la sécurité sociale, de l’accès de non soignants à leur dossier médical partagé, de l’élargissement du secret médical aux employés des organismes financiers ?

Alors en effet, nous sommes en proie à des critiques, le plus souvent fondés sur des procès d’intention ou des préjugés mais c’est sans doute le prix à payer pour avoir les premiers à décoder les textes, assemblé les pièces du puzzle du futur système de santé, et de l’avoir crié haut et fort.

La preuve en est si besoin, que la plupart de nos éléments de langage sont repris par tous et finalement, c’est une bonne chose de voir que le mode médical a bien pris la mesure des dangers de cette Loi et va peut être enfin faire entendre son opposition d’une seule voix. Reste à la profession à faire son auto-critique, se doter d’une nouvelle représentativité qui devra veiller à préserver les valeurs essentielles du métier et les faire respecter , seul espoir  pour faire face à la violente crise sanitaire qui s’annonce.

L’UFML est très engagée pour la défense des intérêts des médecins, pourtant elle a le statut d’association et non de syndicat. Pourquoi conserver ce statut ? Devenir un syndicat ne renforcerait-il pas votre message et légitimité ?

L’UFML s’engage partout où cela est nécessaire. Nous soutenons depuis longtemps les structures syndicales les plus proches de nos revendications et à même de défendre ces valeurs, plus que les “interêts” ( sauf à accepter l’expression dans le sens intérêts communs des patients et des médecins ). Nous n’avons pas hésité à secouer vivement les syndicats signataires en leur rappelant leur responsabilité dans la situation actuelle, leur bilan.

Le statut d’association nous donne une grande liberté d’action, une totale indépendance car nous ne sommes financés que par les cotisations de nos adhérents. Alors que le système syndical tel qu’il existe aujourd’hui, subventionné,  facultatif, avec une représentativité faible, est certainement en partie responsable de la situation actuelle. Un système où la proximité des responsables avec le pouvoir plus qu’avec leur base influe bien des choix.

Curieusement, on assiste en ce moment au revirement de certaines centrales qui ont pourtant signé tous les accords , comme si le message était passé… Le résultat des élections URPS renforce ce message avec le déclin de ces syndicats légitimistes et la forte poussée des contestataires. L’UFML a d’ailleurs présenté des candidats à ces élections. Tous les membres du bureau ont été élus et seront donc en position influente dans toutes les URPS.

De même, nous avions présenté des candidats aux élections ordinales et nombreux ont également été élus. Ces succès confèrent en eux mêmes une légitimité incontestable à l’UFML mais surtout aux idées qu’elle porte.

Texte : pg

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