04/11/2015 _ « Petit mot de mise en garde à l’intention des médecins de France », témoignage d’une généraliste du NHS

Pour téléchargement (pdf) : Témoignage d’une généraliste de la NHS

Le NHS est un service public de santé, qui est géré par l’état. Les médecins rentrent en contrat avec l’état et doivent se plier aux exigences qu’il impose. Il y a sans cesse des réformes de santé et les médecins n’ont d’autre choix que de se plier aux changements incessants.
Tous les cabinets sont informatisés et les informations contenues dans les systèmes cliniques sont auditées en permanence. Ces informations sont perpétuellement en accès direct par les autorités de santé qui surveillent le système en continu. Le secret médical en Angleterre n’a pas le côté sacré qu’il a en France.
Tout est épluché, analysé. Le type de médicament prescrit, générique ou non. Le nombre, prix de revient. Chaque prise de sang, examen complémentaire est compté. Chaque cabinet médical reçoit ses résultats, comparés aux cabinets de son entourage, ainsi que ceux des cabinets à travers le pays. Les médecins qui arrivent à faire baisser leur budget sont récompensés. Ceux qui se maintiennent sont encouragés à faire aussi bien que les précédents. Ceux qui voient leur budget augmenter peuvent être sanctionnés financièrement. Les médecins n’ont pas le droit de prescrire hors génériques. Seuls les médicament autorisés et présent sur le « formulaire » peuvent être prescrits. Toute entorse à cette règle doit être justifiée. Un médecin généraliste qui estime qu’un spécialiste lui demande de prescrire un médicament hors liste refusera de le faire, de peur de sanctions.
Les consultations chez le spécialiste étant plus onéreuses pour l’état, les généralistes sont encouragés à prendre en charge le plus de pathologies possible eux-mêmes. Les autorités de santé ont mis en place des dispositifs d’ « autorégulation » où les médecins généralistes ont l’obligation de discuter de cas cliniques à plusieurs avant de pouvoir envoyer un patient voir un spécialiste. Les patients peuvent être « pris en otage » par ce système et ne pas recevoir les soins adéquats.
On limite l’accès aux examens complémentaires. Certains examens ne peuvent être prescrits que par un spécialiste (hors, on limite l’accès aux spécialistes…).
Au début sont versus les objectifs « qualité » de santé, qui permettaient de rémunérer les médecins pour certaines bonnes pratiques médicales. Il y avait peu d’objectifs à tenir, et les résultats demandés étaient raisonnables. Les médecins qui pouvaient démontrer qu’ils avaient satisfaits aux recommandations recevaient des primes en plus de leur contrat de base. Les médecins se sont pris au jeu et ont obtenu de bons résultats, non sans effort.
Petit à petit, ces obligations de résultats sont devenues obligatoires… et les médecins se sont retrouvés coincés. Après plusieurs années, le nombre de ces objectifs s’était démultiplié, les rendant complètement absurdes et ridicules, impossibles à tenir. Bien sur, les rémunérations ont progressivement diminué en augmentant petit à petit les seuils nécessaires pour les obtenir.
Il faut savoir qu’un médecin généraliste n’a en général que 10 minutes par patient. Ceci lui est imposé par son contrat. Il est quasi impossible de gérer un patient dans ce temps imparti. La frustration chez les médecins et les patients est grandement liée à ce manque de temps, ainsi que les multiples restrictions imposées (budgétaires, investigations, médicaments, accès aux spécialistes) et les contrôles permanents. Big brother à l’ère informatique.
Depuis 2 ans, le contrat s’est légèrement modifié pour tenter de remotiver les généralistes, las de ces contraintes. Beaucoup de médecins choisissent une retraite anticipée, les jeunes diplômés fuient vers l’Australie et la Nouvelle Zélande. Il y a une vraie crise de recrutement chez les étudiants en médecine qui ne choisissent plus la médecine générale….
Du coup, il y a maintenant la possibilité d’avoir des rendez-vous de 12 ou 15 minutes. Certains objectifs de santé ont été abandonnés. En leur place de nouveaux objectifs pour prendre la direction de coordination des soins aux personnes âgées dans la communauté et de faire le lien avec les services sociaux… facile à dire, mais très dur à mettre en place en pratique.
Les médecins généralistes du NHS sont à la base de tout le système de santé publique britannique. Tous les patients doivent passer par eux, quel que soit leur problème. Ils sont le goulot d’étranglement qui permet de limiter l’accès aux soins. Ils sont malheureusement aussi les cobayes pour les dirigeants politiques, qui leur imposent toutes leurs réformes dans le but ultime de diminuer le budget alloué aux soins de santé. Ils sont sans cesse tiraillés entre leurs contraintes (que leur contrat les oblige à suivre) et le bien de leurs patients. C’est une situation schizophrène qui est difficile à supporter longtemps.
L’hyper-régulation et la bureaucratie incessante rendent le métier de généraliste dans le NHS assez déprimant.

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