29/11/2015_ »Tiers payant généralisé : quel est le réel objectif ? » (F. Masson, Centrale des Opticiens)

 

 

Soucieux de ménager sa majorité et de lutter contre la renonciation aux soins, le gouvernement fait de la généralisation du tiers payant une priorité de sa politique santé. Au-delà de ces objectifs, il faut s’attendre à une révolution du parcours client du consommateur de soins.

Ce client est aujourd’hui le patient d’un professionnel de santé qu’il choisit librement, selon ses propres critères. L’assureur n’intervient qu’en arrière-plan, lors du paiement, comme un moyen de paiement (tiers payant) et pour solvabiliser le client.

Alors que le débat public autour de la généralisation du tiers payant se concentre sur l’allègement des charges administratives pour les professionnels de santé, il ne fait pas état de son principal effet : il met au 1er plan le rôle de l’assureur, faisant passer celui du professionnel de santé pour un sous-traitant d’un système assurantiel de santé. Mais le tiers payant n’est pas qu’une facilité de paiement.

Au cours de ces dernières années, la sécurité sociale s’est progressivement désengagée au profit d’assureurs privés, des mutuelles et des instituts de prévoyance. Plus récemment, le gouvernement a permis à ces acteurs de constituer des réseaux de soins pour négocier les prix des prestations, et de dégrader leurs remboursements si les assurés ne fréquentent pas les prestataires de soins référencés.

Les assureurs privés l’ont bien compris : le tiers payant est le moyen, pour l’assureur, de s’immiscer dans la relation client, en rappelant qu’il est le payeur. Fort de ce rôle de payeur, l’assureur santé s’arroge alors le droit d’orienter son assuré vers les prestataires de soins sous-traitant qu’il a sélectionné.

La généralisation du tiers payant est donc une étape-clé pour les pouvoirs publics pour s’imposer dans la relation entre les patients et les médecins. Dès lors que l’assurance maladie deviendra le payeur aux yeux de tous, elle pourra alors, à l’image des assureurs privés, conditionner le remboursement au respect de ses exigences. Certains diront que le client peut toujours choisir son assureur santé.

L’ANI a privé les salariés du choix de leur mutuelle. Demandez à un chef d’entreprise s’il peut échapper au RSI. Le régime obligatoire est par nature non négociable. Enfin, les débats récents concernant les bénéficiaires de l’ACS et les retraités montrent que c’est le gouvernement qui choisira pour eux. Restent les étudiants et les chômeurs qui disposent encore de la liberté de choisir leur assurance santé…

Revenons à l’objectif politique initial : créer un marqueur de gauche et lutter contre le renoncement aux soins. Une meilleure information et utilisation, voire une réforme, de la CMU aurait pu suffire. L’objectif n’est peut-être pas celui annoncé, et le tiers payant généralisé ne serait alors qu’une première étape pour les pouvoirs publics pour mieux orienter les assurés vers un système de soins moins libéral.

Fabrice Masson, Directeur de la Centrale des Opticiens
  • retrouver l’article en ligne : LesEchos.fr
  • télécharger l’article (pdf) : ICI

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